Vous avez dit "ghostwriting" ?
- Bérénice Vessot
- 9 avr.
- 3 min de lecture
Pourquoi un anglicisme, alors que "prête-plume" existe dans la langue de Molière ?
Les deux professions sont très proches, on ne va pas se mentir. Seulement, un prête-plume est généralement embauché par une maison d'édition; un contrat est signé entre les deux parties avant que le prête-plume écrive une non-fiction pour le compte d'autrui.
Le ghostwriter traite directement avec son client. C'est un créateur de l'ombre, au même titre que le prête-plume, mais qui peut créer différents types de contenu et à différent niveau. Dans mon cas, il s'agit de fiction.
Comment tout à commencer pour moi ?
Je propose ce service depuis janvier 2025 et se faire un nom dans le milieu est très compliqué, car tout se joue sous couvert d'anonymat. Concrètement, nous n’existons pour personne, si ce n'est pour l'auteur qui nous a missionnés, en secret.
Il y a quelques semaines, un lecteur m'a contacté via mon site web pour me parler de son projet : "J'ai une nouvelle que j'aimerais transformer en roman", m'a-t-il dit.
Alors que je lui présentais ma prestation de coaching littéraire, il m'a interrompu : "Non, non, je veux que ce soit vous qui écriviez ce roman, à partir de mon idée et de ce que j'imagine sur le long terme pour mon personnage principal".
On en a parlé, longuement, et c'est ainsi que j'ai signé mon contrat de ghostwriter pour de la fiction.

Concrètement, je fais quoi ?
Mon client m'a transmis sa trame, c'est-à-dire la nouvelle. Une nouvelle, c'est comme un roman, mais au format trèèèèès condensé.
Ma mission, dans ce cas précis, est de rajouter des scènes pour épaissir le tout, pour faire vivre les personnages, mais aussi pour définir une intrigue qui permettra aux lecteurs de se poser des questions auxquelles ils trouveront des réponses plus tard.
Pour les pousser à aller à ce "plus tard", il faut rajouter du dynamisme avec des dialogues et de l'action, mais aussi des temps plus calmes, avec des descriptions, et, enfin, beaucoup, beaucoup d'émotions.
D'ailleurs, "émotions" est le maitre mot de mon client. Il veut que les lecteurs vibrent, qu'ils ressentent de la compassion pour le protagoniste, qu'ils pleurent et qu'ils rient avec lui.
Lorsqu'un personnage est bien construit, ce n'est pas simplement "un personnage de fiction" pour le lecteur, c'est une âme qui l'accompagne plusieurs jours durant, une personne à laquelle il repensera longtemps après avoir terminé sa lecture.
Avant de me lancer dans la rédaction, j'ai dû établir un plan, chose que je ne fais habituellement pas pour mes romans, mais un plan, dans ce cas, à toute son importance, car il doit être validé par le client. Eh oui, j'ai fait différentes propositions en gardant l'esprit de départ, tout comme l'idée d'origine. Le client a accepté l'une d'entre-elle. Il m'a fait part aussi de ses remarques, et de ses suggestions pour que celui-ci lui corresponde davantage.
Maintenant qu'on a le plan, il est temps de se lancer dans la rédaction du premier jet, la phase que je préfère.
Viendra ensuite la phase de relecture / réécriture, puis le roman deviendra la propriété exclusive de mon client. Il lui incombera de le lire, d'apporter des modifications s'il le souhaite, de travailler avec la correctrice de son choix, l'éditeur de son choix, etc.
Concrètement, je disparais...
Je crois que ça me fera un peu mal, d'être séparé aussi brutalement des personnages auxquels j'ai donné vie et, en même temps, je suis fière. Fière d'avoir été choisis pour réaliser ce travail.
Le mot de la fin...
Cet article a un écho peut-être un peu "égocentrique", mais j'ai appris qu'il est nécessaire de s'arrêter, parfois, pour regarder derrière soi et de se dire "wow, je l'ai fait". Être fière de soi, ce n'est pas une tare, ce n'est pas de l'orgueil mal placé, c'est apprendre à se faire confiance et admettre que nous valons quelque chose.

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